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Sujet : Les Sciences et recherches participatives (SRP) et l’ouverture à des collectifs en zone rurale et péri-urbaine en Lorraine
Encadrement : Mariannig Le Béchec (PU) et Emmanuelle Simon (MCF), UR CREM, Université de Lorraine
1. Brève présentation du projet
Contexte
Depuis une dizaine d’années, la participation en recherche tend à une institutionnalisation. Quelques moments clés jalonnent cette institutionnalisation. En 2012, la formalisation des notions de sciences et recherches participatives par la mission « sciences en société » du CNRS, suivie de la création en 2014 du GDR « Participatory Action Research and Citizen Science » visent à faire émerger une communauté de pratiques. L’année suivante la mission « rapports sciences-société » est désormais considérée comme une mission supplémentaire des universités. En 2016, le rapport Houllier (Houllier, Merilhou-Goudard, 2016) pose les bases de bonnes pratiques en SRP et ouvre la voie en 2021 au fléchage de 1% du budget dédié à la recherche vers le dialogue société (Ruano-Borbalan, Bocquet, 2018, Lefebvre, Savoia, Bocquet, 2019).
L’« essor du fait participatif » (Piponnier, Ségur, 2022) dans le domaine de la recherche ne résulte pas que de décisions politiques. Il répond à des critiques portées de l’intérieur (par les chercheurs) comme de l’extérieur (par la société civile) quant aux modes de productions de la recherche. Ainsi, confrontées à des questions de soutenabilités ou de transitions écologique ou/et solidaire, différentes voix scientifiques ont contribué à faire émerger ce que certains appellent deux nouveaux régimes de recherche plus à même de répondre aux nouveaux enjeux posés par la société (Barré R., Jollivet M. 2023) : les recherches interdisciplinaires et les recherches participatives. Le second régime vient répondre à un besoin de pluraliser les voix au cœur du processus de production de la recherche. Il s’agit notamment de sortir du monopole de la production de la connaissance scientifique par la seule communauté de chercheurs. L’idée de pluralisation des savoirs et de lutte contre les injustices épistémiques visent à établir un rapport plus juste entre les diverses formes de savoirs et leurs porteurs/euses (Carrel, Fiorini, Gaudillière, Godrie, 2025). Dans une volonté de transformation sociale, les nouveaux collectifs de recherche partent de l’hypothèse qu’il convient non plus de partir de besoins supposés mais des interrogations concrètes provenant de la société civile (Lefebvre, Savoia, Bocquet, 2019). Pour autant, dans les faits, le maintien d’une division sociale du travail de la recherche et de critères d’excellence ne favorisent ni l’interdisciplinarité ni les collectifs hybrides des SRP.
Objectifs du projet doctoral
Des collaborations de recherche avec la société existent désormais mais les collectifs constitués, les modes de productions de la science et les types de résultats produits restent à interroger. Par exemple, de grandes initiatives autour des SRP illustrent régulièrement le dialogue science-société par des appels médiatiques à la participation, nous pensons ici à Adopte un blob ou l’application Bugs Matter. Ces initiatives du domaine des sciences participatives sont construites selon des protocoles d’enquête définis par la recherche (Latour et Marinda, 2015) et inscrivent la participation dans une démarche individuelle plus que collective, éloignée de la définition d’une société civile (Habermas, 1997) ou de publics (Dayan, 1992). La production de la recherche reste confinée en laboratoire, les publics étant invités à s’immerger dans les laboratoires le temps d’un stage ou le temps d’une collecte de données participatives, tout en ne sachant si cette collecte respecte les attendus en termes de qualité des données de recherche et sera effectivement mobilisée.
Par ailleurs, les publics des SRP sont loin d’être uniformes et il s’agit de comprendre d’où ils parlent, avec quelles compétences et comment ils s’engagent dans les collectifs hybrides. Quelques travaux récents se sont intéressés aux associations et la pluralité des rôles endossés dans le cadre de recherches participatives : courtiers de connaissances, prestataires de services, têtes de réseaux associatifs, etc. (Lhoste, et al. 2024). Et alors que des recherches en sciences de l’environnement rompent avec une forme de « racisme de l’intelligence » (Darré, 2006) qui les amenaient à négliger les savoirs paysans, peu de travaux documentent les formes singulières que prennent les collectifs hybrides dans le monde rural. La collecte de la parole des publics ruraux demeure encore peu étudiée et difficile à restituer (Chauveau, Goyet 2021).
Originalité de la thèse
Cette proposition de thèse s’inscrit dans le projet de montage d’une Boutique des Sciences en Lorraine porté au sein de l’établissement UL par la co-encadrante de la thèse. Les Boutiques des sciences sont des structures facilitatrices de rapprochement entre sciences et société qui ont été créées dans les années 1970 aux Pays-Bas, puis dans la plupart des pays dans les années 1980. Il s’agit d’un dispositif d’intermédiation qui établit un lien entre les acteurs de la société civile et ceux de la recherche et de l’enseignement supérieur et les accompagne dans leur projet commun. Le collectif accompagné va travailler à apporter des réponses aux besoins de recherche exprimés par les communautés et organisations de la société civile.
Ces dispositifs ont donc vocation à encourager les SRP depuis l’institution en se dotant d’outils pour y parvenir et dépasser des pratiques qui ne servent les seuls intérêts des chercheurs. Cela suppose également que les acteurs du tiers-secteur de la recherche se perçoivent comme capables. Et comme Joly (2020) l’a déjà souligné par ailleurs, l’encapacitation de ces publics est à la fois le but et le moyen de tels dispositifs. La thèse en documentant les pratiques des publics éloignés des centres de production scientifique, pourra accompagner les porteurs de projet de Boutique des Sciences dans la co-construction avec des publics ruraux, dans un lien territorial renouvelé centre universitaire-ville périphérique et rurale.
2. Encadrement et environnement de recherche
Directrices de thèse
Mariannig Le Béchec est professeure des universités en sciences de l’information et de la communication au CREM (Centre de Recherche sur les Médiations) de l’Université de Lorraine et chercheuse associée au Labfluens de l’UQAM. A partir de méthodes mixtes, liant recherches qualitatives et analyse de réseaux, elle étudie les pratiques info-communicationnelles en contexte numérique et dans les territoires. Précédemment co-responsable de l’URFIST de Lyon, elle est experte en science ouverte et elle s’intéresse à la production et à l’appropriation de savoirs ouverts, avec des travaux en cours sur les données du sous-sol. Elle développe aussi des travaux sur l’éthique du numérique.
Emmanuelle Simon est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication au CREM (Centre de Recherche sur les Médiations) de l’Université de Lorraine. Ses travaux portent principalement sur les médiations en santé, les savoirs d’expérience, et les enjeux communicationnels dans les dispositifs de prévention et d’accompagnement social et sanitaire. Elle s’intéresse notamment aux dynamiques collaboratives entre acteurs institutionnels, associatifs et usagers dans le champ de la santé environnementale. Elle est responsable de l’axe 1.2 du programme CELEST et en charge du portage de la Boutique des Sciences à l’UL.
Environnement de la recherche
Ce projet de thèse viendra alimenter le programme de recherche CELEST dont les deux co-encadrantes sont partie prenante. Le centre de recherche et d’expertise interdisciplinaire CELEST (Center for Interdisciplinary Research and Expertise on Transitions), s'inscrit dans les priorités stratégiques de l'Université de Lorraine, et plus particulièrement dans celle de l’ISITE Lorrain. Le premier axe de CELEST se concentre sur l'évolution des pratiques scientifiques en réponse aux défis des transitions. L'accent est mis, entre autres éléments, sur l’évolution des métiers de la recherche dans le cadre des recherches qui portent sur les enjeux de transition avec un sous-axe 1.2 dédié au développement des SRP.
L’objectif du sous axe 1.2 est de caractériser le spectre des dynamiques de SRP, qui vont de la « science participative » (implication des citoyens dans la collecte de données) à la « recherche participative » (co-construction de la recherche à différents stades, de la problématisation à la publication des résultats). Au-delà des questions relatives à la gradation et à la nature de la participation, il s’agira d’identifier les acteurs impliqués (scientifiques, chercheurs du tiers secteur, associations, décideurs, citoyens, etc.), leurs attentes et pratiques de recherche respectives, ainsi que les types de connaissances produites associées, avec un focus particulier sur la place occupée/assignée par les/aux SHS dans ces communautés hybrides.
Le/la doctorante pourra bénéficier de l’environnement scientifique du projet et contribuera en retour aux actions de ce dernier notamment au travers de l’accompagnement de la Boutique des sciences et la contribution au projet d’atlas des Transitions porté par le collectif de recherche.
Unité d’accueil
Le Centre de recherche sur les médiations (CREM) est un laboratoire de sciences humaines et sociales de l’Université de Lorraine (UR 3476). Il est spécialisé en sciences de l’information et de la communication, avec une orientation interdisciplinaire affirmée. Le CREM rassemble plus de 200 membres (enseignant·es-chercheur·es, doctorant·es, ingénieur·es, etc.), répartis sur plusieurs sites lorrains, et organise ses activités autour de six équipes thématiques.
Le CREM mène des recherches sur les modes de circulation, de réception et de transformation des savoirs, des discours et des pratiques culturelles. Ses objets d’étude couvrent des champs variés : médias, communication publique et politique, médiations culturelles, communication environnementale, technologies numériques, pratiques informationnelles, territoires, etc. Son projet scientifique 2024–2028, intitulé « Vivre ensemble ? Des relations en tension », interroge les dynamiques sociales, culturelles et politiques contemporaines à travers les prismes de la médiation, des conflits de sens, de l’altérité et de la participation.
Le ou la doctorant·e intégrera l’équipe Praxis du Centre de Recherche sur les Médiations (CREM), spécialisée dans l’étude des médiations en santé, environnement et sciences-société. L’équipe explore les interactions entre savoirs scientifiques, pratiques sociales et enjeux politiques, en mettant l’accent sur les controverses sanitaires et environnementales, les processus de construction et de circulation des savoirs (dont la science ouverte), ainsi que sur les modes de participation des acteurs concernés.
3. Sujet de thèse proposé
Cette thèse entend documenter les modes d’engagement des publics ruraux dans les collectifs de recherche hybride. Le cadre théorique envisagé se rapproche des analyses en termes d’intermédiation de la recherche (bien que la notion de médiation en SIC soit bien distincte de celle de vulgarisation) qui propose une analyse du champ émergent des SRP sans négliger l’importance des collectifs impliqués dans ces démarches, des dispositifs et outils mobilisés en rupture avec un modèle linéaire d’information, d’éducation ou de dialogue initiés par les seuls chercheurs. Elle s’inscrit dans une approche de co-production des savoirs par des réseaux sociotechniques (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001) et sur des modèles d’action plus actifs, selon des approches pragmatiques et interactionnistes, où l’engagement revêt différentes formes et figures (Millerand, 2021) qu’il s’agit de documenter.
Méthodologie
Afin de documenter les formes d’engagement dans des collectifs de recherche des publics ruraux et/ou éloignés des métropoles universitaires (Metz/Nancy), nous proposons une démarche comparative évitant l’écueil des recherches menées sur un seul dispositif. Au regard de la richesse de l’écosystème local, différents dispositifs ont d’ores et déjà été identifiés, certains sont à l’initiative de chercheurs et adossés à des espaces académiques quand d’autres sont à l’initiative du tiers secteur de la recherche. Pour rappel, le tiers secteur de la recherche est un vocable qui désigne l’écosystème associatif qui s’implique dans la construction de connaissances et ce selon des objectifs citoyens (Crosnier, et al. 2013).
Une liste de dispositifs susceptibles de faire l’objet d’une investigation a été explorée et pourra être complétée.
Après un premier travail de cartographie des dispositifs existant voire émergeant sur le territoire, nous proposons de réaliser 3 ou 4 monographies à travers une enquête par observation participante pour la collecte longitudinale d’informations sur le fonctionnement des échanges entre les publics et scientifiques impliqués dans les dispositifs précités. Cette approche sera couplée à une approche en recueil des discours par entretiens semi-directifs auprès des publics et « scientifique » engagés dans ces dispositifs (n=35) permettant de qualifier les dynamiques produites dans le cadre de ces espaces de dialogue science/société à la marge des capitales universitaires.
Nous proposons également que les modalités de diffusion des résultats de cette recherche permettent une co-écriture et un travail réflexif sur l’implication des publics engagés dans la restitution des résultats en contexte académique et associatif (Bats, Gallezot, à paraître, 2027). Les recommandations pour accompagner la BdS tendront également à être co-construites.
Calendrier
2027-2028 Cartographie (interactive si possible) des tiers lieux et des dispositifs de participation avec une dimension de recherche de la zone des départements Meurthe et Moselle, Moselle et Vosges - contribution à l’Atlas des Transitions (voir programme CELEST).
2027-2029 Recherche-action sur l’accompagnement du déploiement de la Boutique des sciences en apportant un regard réflexif sur l’engagement et la réception des sciences et recherches participatives par les publics de tout le territoire ciblé (Meurthe et Moselle, Moselle et Vosges) et en lien avec les dispositifs identifiés.
2029 Feuille de route et recommandations pour structurer des parties prenantes engagées et éloignées des centres universitaires à destination de l’UL et co-construite avec ses parties.
Bibliographie
Barré R., Jollivet M. (2023) Interdisciplinarité et recherche participative : deux régimes de recherche pour la transition écologique et solidaire. Une mise en perspective programmatique. Nat. Sci. Soc. 31, 1, 110-119.
Bats, R., Gallezot, G. (dir.) (à paraître 2027). Sciences participatives et communication scientifique : écrire, publier, diffuser, Villeurbanne, Presses de l’Enssib
Borbalan, R., Bocquet, B. (2018). Technosciences and citizen innovations, ISTE ed.
Callon M., Lascoumes et Barthe. (2001) 2001, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil.
Carrel, M. Fiorini, C. Gaudillière, JP, Godrie B. (2025), « Co-produire les savoirs : une urgence scientifique et démocratique », Mouvements, 1 n° 119, 7-14.
Chauveau, H. et Goyet, G. (2021). La Boutique des Sciences de l’Université de Lyon Quelle reliance possible entre acteurs associatifs ruraux et Université ? Pour, 239(1), 257-272. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.3917/pour.239.0257.
Darré J.-P., (2006) La production de connaissance pour l’action. Arguments contre le racisme de l’intelligence, Paris, Quae.
Dayan D., 1992, « Les mystères de la réception », Le Débat. Histoire, politique, société, 71, pp. 141-157.
Habermas, J., (1997), Droit et démocratie. Entre faits et normes, Gallimard, Paris.
Houllier, F. et Merilhou-Goudard, J-B. (2016). Les sciences participatives en France. 63 p. ⟨hal-02801940⟩
Joly, P.-B. (2020). Les formes multiples de la recherche : scientifique, industrielle et citoyenne. Cahiers de l’action, 55(1), 47-54. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.3917/cact.055.0047.
Millerand, F. (2021). La participation citoyenne dans les sciences participatives : formes et figures d’engagement, Études de communication, 56, https://doi.org/10.4000/edc.11360
Le Crosnier, H., Neubauer, C., Storup, B. (2013). Sciences participatives ou ingénierie sociale : quand amateurs et chercheurs co-produisent les savoirs. Hermès, La Revue, 67(3), 68-74. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.4267/2042/51888
Lefebvre, B. Savoia, A. Bocquet, B. (2019). « Perception et émergence d’une Boutique des sciences dans la région des Hauts-de-France », Natures Sciences Sociétés,3 Vol. 27, 342 à 349.
Latour, B., Marinda, C. (2015). À métaphysique, métaphysique et demie L’enquête sur les modes d’existence forme-t-elle un système ? Les Temps Modernes, 682(1), 72-85. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.3917/ltm.682.0072.
Lhoste, É., Fontaine, G., Fournie, S., Peres, J., Sardin, L. (2024). « Soutenir les intermédiations de recherche, une nécessité pour relever les grands défis ». Innovations, 74(2), 99-130. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.3917/inno.pr2.0165.
Piponnier A., Ségur, C. (2022). Un « moment critique » pour la participation ?, Questions de communication, 41 | 2022, DOI : https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.28538
4 - Profil attendu
Titulaire d’un master 2 en sciences humaines et sociale avec une priorité donnée aux avec une appétence pour la recherche qualitative et participative.
Compétences scientifiques attendues :
Connaissance des techniques d’enquête en sciences humaines et sociales en particulier qualitatives.
Une initiation préalable aux recherches dans le domaine des sciences et de leurs modes de production serait appréciée.
Langues :
Langue de travail : français.
L’anglais sera un atout.
Autres qualités attendues :
Autonomie, curiosité, rigueur, bon relationnel, capacité à travailler en équipe.
Une audition est prévue le 21 septembre 2026 à Nancy ou en visio.
5 – Conditions de contrat
Durée : 36 mois
Début du contrat : nov. 2026
Montant mensuel brut du salaire : 2300 euros brut
Modalités d’inscription en doctorat : École doctorale Humanités Nouvelles Fernand Braudel (HNFB), Université de Lorraine.
6 – Pour postuler
CV
lettre de motivation
sujet de recherche détaillé en 2 pages
relevés de notes de master
lettres de recommandation éventuelles
dépôt via ADUM sur la page : https://doctorat.univ-lorraine.fr/fr/les-ecoles-doctorales/humanites-nouvelles-fernand-braudel/offres-de-these
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